Travailler Peu Vivre Beaucoup
Pré-texte
C'est à partir de cette pièce en un acte, L'Augmentation de Dino Buzzati, construite comme une reproduction à l'identique de l'existence, que nous avons voulu articuler cette création.

Le thème du « travail » est le pivot de notre recherche :
partagés entre la nécessité de gagner un salaire pour survivre et celle de rêver et de jouir de l'instant présent, écartelés entre travailler et se sentir libres, les personnages féminins et masculins joutent et se débattent dans les contradictions de la vie.

Ils reformulent ce que sont leurs désirs, ils croisent leurs angoisses, ils s'abandonnent à leurs rêves, ils inventent des utopies ; puis à force de prises de conscience et de révoltes, ils deviennent peu à peu les acteurs de leur destinée.

À l'intérieur du jeu, du chant et des textes, une échappée philosophique souterraine guide cette nouvelle aventure théâtrale.
« L'autre jour j'ai fait un rêve :
j'étais à l'usine, au travail,
et à côté de mon métier.
L'ingénieur travaillait aussi,
je lui apprenais à manier le peigne,
Et lui, il me remerciait, il était même gentil... ».
NOTE DE MISE EN SCÈNE par Claude Montagné

Aux yeux de Buzzati, écrivain italien célèbre pour son oeuvre romanesque (Le désert des tartares, Le K), le monde du théâtre s'apparente au fabuleux, à l'irréel, tout en s'enracinant dans le quotidien, dans l'anecdotique. C'est dans cet esprit que nous nous sommes placés pour créer ce spectacle.

La satire des moeurs et le goût de l'absurde sont au rendez-vous.

Le spectacle est constitué de plusieurs extraits d'oeuvres d'auteurs dramatiques, mais aussi de romans, d'essais, de correspondances ou de fictions, ayant en commun de traiter des aberrations engendrées par l'économie marchande capitaliste.

Notre création revêt la forme du cabaret ; les comédiens sont acteurs mais aussi chanteurs ; il sont accompagnés par un musicien-chanteur au piano ; tantôt ils s'adressent directement aux spectateurs, tantôt ils laissent échapper d'eux-mêmes une parole plus intime ; leur parti pris évolue tout au long du spectacle grâce à la multitude des personnages qu'ils incarnent, allant du chômeur longue durée au dirigeant de grand groupe en passant par l'intellectuel ou le poète.

Humour et liberté seront les couleurs que nous avons retenues à l'intérieur d'une forme volontairement ludique pour traiter d'un propos sérieux.

Le « travail » est examiné sous de multiples angles : la dure nécessité qu'il représente dans le monde actuel et ses dérives, ses contradictions.
Nous voulons dénoncer les violences et les souffrances des salariés du travail ; rétablir, reconstituer les vraies valeurs de l'activité humaine en chantant la beauté des métiers, la joie au labeur.

En somme nous souhaitons entraîner le spectateur dans un vagabondage heureux, celui que nous dictent nos choix d'artistes : un travail dans lequel l'homme se sent entièrement impliqué, dans sa chair comme dans son «âme», dans lequel sa dignité reste intacte.
Scénographie par Elsa Blin
Et si l'espace était du trait ?
S' il n'y avait pas assez pour dire tout, pour dire le vrai.
Si les objets n'étaient que le dessin d'eux-mêmes,
une espèce de trace pour dire « avant la chaise »,
pour dire « l'après », pour dire que l'on joue.
Un espace hors du temps, un trou noir (l'espace scénique) percé de lignes blanches
comme par exemple une lampe définie par sa seule structure,
un piano réduit à sa silhouette, une table à l'apparence fragile
ou un ordinateur réduit à une surface blanche...
On navigue entre l'objet réel et son dessin, on mélange les codes, la 3D et la 2D.
A-t-on vraiment besoin d'une chaise ou simplement de dire qu'elle est là,
qu'elle attend sa scène. La scène devient un tableau d'école où les meubles sont dessinés
à la craie. Les textes accrochent le vrai et l'espace le fait glisser.
Conditions techniques et financières

Conditions techniques
- Espace de jeu : ouverture 7 m / profondeur 8 m
- Fiche technique détaillée sur demande
- 2 services de montage / 1 service démontage et chargement.

Conditions financières
Droits de cession à convenir en fonction des lieux
+ défraiements et transport pour 7 personnes
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LES AUTEURS ET LES TEXTES

Laurence BIBERFELD / La B.A. de Cardamone (extrait)
« Rien n'est fatal. On doit faire front, même dans les situations difficiles » pourrait figurer comme l'enseignement majeur de La B.A. de Cardamone. Hommage à ces mères courage qui gardent le sourire malgré l'adversité ; cet extrait tire sa force dans le dialogue impossible entre la chômeuse et le responsable de l'A.N.P.E.
« Je viens de faire soixante bornes pour répondre à VOTRE convocation, monsieur. Et je n'ai pas l'intention de repartir bredouille pour revenir un autre jour. Figurez-vous que je cherche du boulot...»
Henri PICHETTE / Odes à chacun
D'une enfance troublée, avec double généalogie, Henri Pichette hérite d'une langue à la recherche de racines linguistiques ou territoriales fondamentalement imaginaires. Deux tendances se dégagent de sa poésie : le déchirement et la révolte ; dans ce long poème à la gloire des métiers des hommes, le travail devient un hymne à la vie.
«Je dirai le meunier, le forain, le tourneur,
le mitron, le clown blanc, l'échevelé glaneur,
l'apiculteur masqué s'escrimant aux abeilles,
la cueilleuse de cerises pendant d'oreilles...»
Dino BUZZATI / L'Augmentation
Après des années de bons et loyaux services, Gustavo, employé timide et effacé se laisse persuader de réclamer à son Directeur une augmentation. Face au beau parleur il s'incline et, devant la menace de perdre son poste, il acceptera « pour son bien » une diminution de salaire.
« L'injustice transforme en fauves les créatures les plus humbles et les plus douces, n'est-ce pas ? Vous pensiez que moi je ne comprenais pas... Bien, aujourd'hui sera un bon jour pour nous deux... Que dites-vous de cent cinquante ? »
Franca RAME / Récits de Femmes : Le Réveil
On ne saurait oublier parmi les catégories défavorisées, la mère de famille qui travaille à l'extérieur. Avant de partir le matin, elle a déjà fait quelques heures de ménage et rentrant le soir une autre demi-journée l'attend... Voici le cri poussé par l'une d'elle. Franca Rame, enfant de la balle qui a hérité des troupes ambulantes, a écrit, interprété et développé un théâtre d'intervention dans les luttes sociales en Italie.
« Vite, partons en vitesse, à la course ! Six heures quarante... On va y arriver. Le sac à main de maman... La veste de maman... La clé ? Où ai-je mis la clé ! Je dois perdre mon temps à chercher la clé quand je suis à une minute près ! Du calme, restons calme, tâchons de reconstituer ce que j'ai fait hier soir. Donc, je suis arrivée à la maison, Luigi n'était pas là... »
Pierre-Etienne HEYMANN / Le Cran de l'Abattu
Pièce issue du travail avec les salariés de la MANU de Tulle, en Corrèze. L'auteur et metteur en scène s'interroge : que faire aujourd'hui de cette histoire industrielle exceptionnelle ? Sur fond de fraternité ouvrière et de lutte contre la mondialisation, on découvre l'authenticité d'une culture ouvrière.
« La Manu, c'était le poumon de la ville. Toutes les familles de Tulle ont quelqu'un qui a travaillé à la Manu. On nous enviait parce qu'on avait un plaçou, on nous traitait de feignants, mais Tulle respirait par la Manu, c'est pareil avec Peugeot à Sochaux, ou Alstom à Belfort, ou à Clermont-Ferrand avec Michelin... »
Simone WEIL / Lettres à Albertine Thévenon
Dans cet extrait, la philosophe nous fait part de son expérience du monde du travail et plus particulièrement de sa vie en usine. Une description simple et précise de l'aliénation par le travail doublée d'une réflexion plus profonde sur la condition humaine.
«Il me semblait que j'étais née pour attendre, pour recevoir, pour exécuter des ordres, que je n'avais jamais fait que ça et que je ne ferais jamais que ça.»
Paul LAFARGUE / Le Droit à la Paresse
Avec son célèbre pamphlet révolutionnaire, l'auteur dénonce la folie productiviste des hommes ; alors qu'il suffirait de trois heures de travail par jour pour se nourrir. Une écriture leste, délicate et attrayante pour un sujet difficile.
« Une étrange folie possède les hommes, cette folie torture la triste humanité, cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail. »
LES CHANSONS

Le travail c'est la santé (Henri Salvador)
« Ces gens qui courent au grand galop
En auto, métro, ou vélo
Vont-ils voir un film rigolo ?
Mais non, ils vont à leur boulot... »
Il ne rentre pas ce soir
(Claude Moine/Pierre Papadiamandis)
« Le grand chef du personnel
L'a convoqué à midi :
J'ai une mauvaise nouvelle
Vous finissez vendredi »
Le marchand des rues
(Mary Travers /La Bolduc)
« Il y avait un commerçant
Je vous dis qu'est un chaland
Quand il avait à chanter
Il se faisait pas prier »
La grève (Léo Ferré)
« La prière ça monte tout droit
Comme la fumée des hauts-fourneaux
A moins qu'y ait le vent qui passe par là
Alors t'as prié pour la peau »
La chanson de la Manu
(Jean-Claude Imbert/Albert Hamman)
« Huit heures midi deux heures six heures
Les jours se trainent en longueur
On fait le gros dos sur le labeur
Le corps ici la tête ailleurs »
More Time
(Linton Kwesi Johnson)
« Plus de temps pour les loisirs
Plus de temps pour le plaisir
Plus de temps pour l'instruction
Plus de temps pour la récréation
Plus de temps pour la contemplation »
Le Rêve
(Franca Rame/ Vincent Calonne)
« Personne ne jouait au tyran,
personne ne se donnait des airs de commander,
tous étaient souriants,
et il y avait un grand écriteau sous nos yeux
où il était écrit : « interdit d'interdire ». »
Travailler Peu Vivre Beaucoup
Mise en scène
Claude Montagné
et
Sylvie Peyronnet
Travailler Peu Vivre Beaucoup
L'équipe artistique :
Scénographie
Elsa Blin
Costumes
Brigitte Lefrançois
Lumières
Thierry Salagnac
Construction
Didier Faure
Musique, piano
Vincent Calonne
Mise en scène
Claude Montagné
Sylvie Peyronnet
Interprétation
Sonia Erhard
Pierre-Etienne Heymann
Claude Montagné
Sylvie Peyronnet
Vincent Calonne