Le Barbier de Séville
ROSSINI
2010
Le Barbier de Séville
Distribution
Rosina : Vikena Kamenica
Almaviva : Milos Bulajic
Figaro : Richard Burkhard
Bartolo : Francesco Facini
Basilio : Petar Naydenov
Berta : Marianne Lambert
Fiorello : Rodrigo Garcia
Mise en scène
Claude Montagné
Direction musicale
Jérôme Devaud
Forum Sinfonietta
L'équipe constituée par le metteur en scène :
· Sylvie Peyronnet : assistante
· Luca Antonucci : scénographie
· Pierre Peyronnet : création Lumières
· Brigitte Lefrançois : costumes
· Pierre Fouillade : construction du décor
· Susan Dalladay : peinture et décoration
· Laure Montagné : peinture (assistante)
Note de mise en scène
Le monde change
Nul doute que l'on « entend » dans « Le Barbier de Séville » s'exprimer des ambitions personnelles qui sont le reflet d'un monde en mutation.

Avec le personnage de Figaro tout d'abord, qui refuse de se déguiser comme le lui conseille le Comte, obligeant ce dernier à « se faire peuple », à jouer le soldat ivre ou l'élève musicien alors que ce rôle, dans une comédie classique, incombe logiquement au valet. Lequel valet lui tape sur l'épaule tandis que curieusement, - et c'est une nouveauté du genre -, les activités les plus farcesques et les plus spectaculaires sont prises en charge par le maître.

Figaro valet débrouillard, il a ses entrées chez les notables ; il est aussi un roturier en pleine ascension, manipulant les patrons, au courant des intrigues de la société. Héros picaresque confronté aux tribulations de l'existence, il a tous les atouts pour réussir... demain. Ni véritable ami, ni simple domestique, Figaro accepte aussitôt de porter secours à son ancien maître embarrassé dans des histoires amoureuses, mais s'il se met au service du Comte c'est un peu par reconnaissance, beaucoup par intérêt. «  De l'intrigue et de l'argent : te voilà dans ta sphère...» (Suzanne in Le Mariage). Plus Figaro est âgé, plus son cynisme s'en trouve souligné et fait écho à celui de Bartolo et Basilio.

Rosina n'a pas de suivante donc pas d'histoire amoureuse parallèle. Ce personnage dénonce certains travers dans l'organisation sociale : la condition de la femme, la place de l'argent comme ascenseur social et outil de corruption, la médisance comme carburant des relations mondaines...

Almaviva est lassé de ses conquêtes madrilènes, aussi ordinaires qu'obligées. Le Comte voudrait passer du libertinage, - théâtre des fausses conquêtes qui laissent le coeur vide -, à l'amour véritable qui serait le privilège des pauvres. Almaviva ne sera pas seulement un maître, mais un aristocrate de haute volée. Etre aimé pour soi-même est naturellement le rêve à la fois sympathique et drôle des riches et des puissants. Mais le libertinage initial, ancré dans la condition aristocratique, va rester un trait fondamental du personnage. Almaviva en quête de sensations amoureuses pourrait rejoindre, à terme, le Duc de « Rigoletto » ou l'Alexandre de « Lorenzaccio ».

Bartolo apparaît comme le « barbon » antipathique, il est bien souvent maladroit et ridicule dans sa relation avec Rosina : il l'aime sincèrement mais, à sa manière, comme un oiseau que l'on garde en cage. La vigilance toujours en éveil de Bartolo oblige ceux qui veulent le tromper à devoir constamment improviser réponses et parades, et c'est précisément ce qui donne piquant et énergie à ce type de personnage, trop souvent vieillard amoureux condamné d'avance.

Quant à Basilio, il pourrait passer ses soirées dans quelques arrière-salles d'estaminet à jouer l'argent qu'il réussit à extorquer dans des coups de main douteux.

La circulation de l'argent, l'illicite, la revendication de la femme à vivre ses désirs et non ceux de son époux ou de son tuteur, tout cela est donc présent dans « le Barbier », mais pour faire état de ces thématiques-là, il faut imaginer l'oeuvre comme unique, et ignorer que Beaumarchais écrira plus tard « Le Mariage de Figaro » et « La Mère Coupable ».

Nous avons placé l'action dans le cadre de la baraque foraine, un univers dangereux, alors que l'amusement, le divertissement sont sa raison d'être. Un lieu des possibles, un espace où le mensonge, l'excès, trouvent leurs places, où les plus habiles, les moins scrupuleux tirent leur épingle du « jeu ».

Mais ne nous y trompons pas, il s'agit là d'une comédie heureuse et nous prenons le parti de jouer sans détour la carte du comique pur grâce au domestique toujours joyeux, toujours intarissable, toujours fertile en bons mots, stratagèmes et coups tordus, voué à la gaieté cynique qui excite notre esprit.

Donner du rire et de la profondeur, c'est la tâche à laquelle nous nous sommes employés.