Meilleurs souvenirs de Grado
La pièce
Anna et Karl, couple d'ouvriers-employés modestes, partent en vacances à Grado, une station balnéaire de la côte adriatique, pour quinze jours ; ils ont loué dans un hôtel et leur chambre devrait donner sur la mer ; tout a été bien organisé pour que les vacances annuelles tant méritées apportent la bouffée d'oxygène nécessaire : fiston est confié à mémé, plantes vertes sont arrosées par les voisins... Seulement voilà, le rêve ne rejoint pas forcément la réalité et les petits décalages font ressurgir peu à peu l'angoisse enfouie par l'autre vie, celle du quotidien : une existence soumise dans laquelle la marchandisation a pris le dessus sur les désirs ; les vacances deviennent alors le film négatif sur lequel s'inscrit toute la laideur et la mesquinerie des âmes au quotidien... impossible de fuir, de devenir autre, d'oublier ! Esclaves des loisirs faciles, stériles et préfabriqués, Anna et Karl sont écrasés, anesthésiés et au bout du compte satisfaits !
L'auteur
Né en 1946 à Munich, Franz Xaver Kroetz est une figure majeure du théâtre populaire allemand. Il a écrit plus de cinquante pièces entre 1975 et 1990. Il est aussi l'auteur de nouvelles, de romans, de pièces radiophoniques. Kroetz est non seulement auteur, mais aussi acteur et metteur en scène. Il a d'ailleurs monté lui-même la plupart de ses pièces. Dans les années 80, il était considéré comme l'un des auteurs vivants les plus joués dans le monde. Reprenant le style de la pièce populaire, il s'attache à subvertir pour en faire une critique des moeurs de son temps. Il donne parole à ceux qui d'ordinaire en sont privés, de la petite bourgeoisie terre-à-terre au prolétariat le plus démuni. À travers eux et la description de fragments de vie quotidienne, il pose un regard critique sur l'ensemble de la société, et donne à voir un théâtre politique, révolté et polémique, mais aussi profondément original et singulier.
Naissance du projet
Dans nos dernières créations, nous avons choisi de faire parler des personnages ordinaires, qui apparaissant dans des situations amusantes, issues du quotidien, dévoilent peu à peu leurs impuissances et leurs faiblesses pour aboutir finalement à des situations limites, grinçantes et tragiques. Que ce soit avec l'écriture de Claude Bourgeyx, dans les « Chiens ne font pas des chats », où les personnages de Mademoiselle Werner et de son père -« l'adjudant à la retraite »-, se côtoient tout au long de la pièce sans jamais se rencontrer ou encore dans le dernier montage « Travailler peu vivre beaucoup » à l'issue duquel l'interrogation finale débouche sur le sens à donner à notre vie, les questionnements induits dans nos créations partent du politique pour aboutir au métaphysique. Avec la lecture de « Meilleurs souvenirs de Grado », nous retrouvons des préoccupations qui nous sont chères : pires inquiétudes sur l'évolution de la société de consommation dans laquelle nous vivons, creusant l'écart entre les riches et les pauvres ; angoisses vis-à-vis d'un pouvoir politique de plus en plus oppressant et manipulateur ; interrogations sur les capacités de réactions des gens, avec adoption d'un mode de vie standardisé.
Note du metteur en scène
Travailler au théâtre La Chélidoine est à chaque fois un enchantement.
Ce rêve de théâtre de Sylvie Peyronnet et Claude Montagné qui a trouvé sa réalité est un formidable moteur de vie, de création, un bel exemple d'engagement artistique, une source qui vient alimenter ma vie théâtrale.
Ce rendez-vous avec eux m'est à chaque fois nécessaire, - loin de tout, prendre le temps de travailler, d'inventer.
Sylvie et Claude voulant continuer leur travail d'exploration sur le couple en l'inscrivant dans une réalité sociale et politique, nous avons lu ensemble plusieurs pièces pour nous arrêter sur « Meilleurs souvenirs de Grado » de Franz Xaver Kroetz.
J'ai été sensible à cette pièce car elle interroge sur notre faculté de décider librement du cours de notre existence. Même si Kroetz jette un regard lucide sur nos vies, le désir de rêve et la capacité d'émerveillement ne sont pas entamés, malgré la résignation apparente.
Le dispositif théâtral sera simple : un espace de jeu, posé comme une île sur le plateau du théâtre, se modulera suivant les différentes situations de la pièce.
Nous accorderons de l'importance à l'environnement sonore qui agira comme un décor : lien entre les scènes, introduction à chaque situation.
Nous ferons un travail conséquent sur la partition textuelle, avec son phrasé, ses temps, afin d'être attentifs aux comportements de nos deux personnages Karl et Anna. L'observation de ce couple pendant le temps de la représentation sera aussi pour nous l'occasion d'interroger notre propre existence au fonctionnement du monde.
Conditions techniques et financières

Conditions techniques
- Espace de jeu : ouverture 8 m / profondeur 8 m
- Fiche technique détaillée sur demande
- 2 services de montage (la veille) du régisseur lumière
- 1 service de démontage et chargement après le spectacle

Conditions financières
- Droits de cession à convenir en fonction des lieux
- Défraiements 4 personnes
- Frais de transport : une voiture et un camion
Meilleurs souvenirs de Grado
Meilleurs souvenirs de Grado
Meilleurs souvenirs de Grado
Meilleurs souvenirs de Grado
Meilleurs souvenirs de Grado
Meilleurs souvenirs de Grado
Meilleurs souvenirs de Grado
Meilleurs souvenirs de Grado
Meilleurs souvenirs de Grado
Une pièce de
Franz-Xaver Kroetz
Traduction de Gaston Jung et Daniel Girard ©L'Arche Editeur
Mise en scène
Gilles David
de la Comédie Française
L'équipe artistique :
Interprétation
Claude Montagné
Sylvie Peyronnet
Scénographie et collaboration artistique
Laurence Nadal
assistée de Laure Montagné
Lumières
Pierre Peyronnet
Création sonore
Bernard Audureau
Costumes
Brigitte Lefrançois
Construction
Pierre Fouillade
EXTRAIT DE LA PIÈCE

Karl C'est comme ça dans la vie. Si tu veux manger, il faut travailler.
Anna Comme si tu travaillais pas assez !
Un temps
Nous aurions pu supporter facilement quelques jours de plus. Tu crois pas ?
Karl Allons, allons, d'autres gens n'ont jamais de vacances.
Anna Mais il y a aussi des gens qui prennent des vacances à la mer, trois, quatre fois l'année.
Karl Évidemment.
Anna Tu vois bien.
Karl Mais ceux-là, ils ont aussi trois ou quatre fois plus d'argent que nous.
Anna Exactement.
Karl Ça fait une différence.
Anna Et ils ne travaillent pas plus que toi, ou bien ?
Karl Sûrement pas. Mais c'est comme ça.
Anna Et pourquoi ?